Discours sur la liberté de distribuer des versions modifiées d'un logiciel prononcé par Mathieu Gauthier-Pilote lors de la Marche des quatre libertés, le 22 juin 2014

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Ce bref discours a été prononcé par Mathieu Gauthier-Pilote, à l'époque administrateur de FACIL, devant le Complexe Desjardins (150, rue Sainte-Catherine Ouest, Montréal[1]) à l'occasion de la Marche des quatre libertés[2] du 22 juin 2014. Pour plus de détails, voir le compte rendu de la marche. Seul le discours prononcé fait foi.



Le mouvement pour le logiciel libre nous invite à défendre et promouvoir quatre nouvelles libertés fondamentales dont doivent jouir tous les utilisateurs et toutes les utilisatrices d'appareils numériques. Dans la société numérique d'aujourd'hui, ces nouvelles libertés sont jugées essentielles à la sauvegarde de la liberté tout court. Sans la jouissance de ces libertés, nous avons de bonnes raisons de croire que les libertés et les droits fondamentaux déjà inscrits dans nos constitutions et chartes nationales ne tiendront pas le coup très longtemps face à l'émergence de nouveaux pouvoirs de surveillance, de contrôle et de domination rendus possibles par les technologies numériques. La philosophie du logiciel libre éclaire une voie à suivre si nous désirons dès maintenant construire une société dans laquelle les technologies de l'information seront en harmonie avec la dignité humaine, compatibles avec nos droits fondamentaux, utiles à l'accroissement de nos libertés et à l'amélioration de la condition humaine.

Parmi les quatre libertés qui définissent le logiciel libre, il en est une dont je vais vous parler, la liberté numéro 3, soit celle qui nous autorise à distribuer les modifications qu'on a pu apporter à un logiciel que l'on utilise pour que toute la communauté de ses utilisateurs et utilisatrices puisse en bénéficier.

Nous sommes ici devant un édifice construit par le Mouvement Desjardins. Vous l'aurez compris, il y a un lien à faire entre cette liberté numéro 3, qui nous invite à partager et mettre en commun avec les autres, et le réseau fédéré des caisses populaires Desjardins. Ce quelque chose c'est la coopération, c'est le fait de travailler avec son voisin dans des relations égalitaires et fraternelles, c'est de donner en retour de qu'on a reçu, c'est de participer à bâtir un réseau qui rassemble toutes sortes de gens, qui ne se connaissent pas forcément, ne se rencontreront peut-être jamais physiquement, mais qui produiront quand même une grande œuvre collective qui profitera à tous.

Que ce soit par la mise en commun du crédit et de l'épargne des travailleurs et des travailleuses ou par la mise en commun du code source des logiciels, ou du savoir contenu dans les articles d'une grande encyclopédie universelle, la coopération à grand échelle nous met collectivement en position de force. En effet, non seulement elle nous permet d'accomplir de grandes œuvres, mais elle nous permet aussi d'affronter les possédants, les grands propriétaires, les monopoleurs, les membres du club sélect du 1%, qui profitent de notre désunion, qui travaillent sans cesse à nous réduire au rôle de passifs consommateurs et consommatrices, d'individus atomisés et impuissants.

Dans une communauté d'utilisateurs et d'utilisatrices d'un logiciel non-libre, nous sommes des clients captifs et dépendants d'un développeur, règle générale d'une entreprise privée, qui peut abuser de sa position de force. Et puisque le développeur garde le secret sur le code source du logiciel, on ne peut jamais vraiment savoir si le logiciel ne fait pas autre chose que ce que dit la publicité à son sujet. Les logiciels non-libres sont parfois commodes, mais ils ne sont jamais nos amis.

Au contraire, dans une communauté d'utilisateurs et d'utilisatrices d'un logiciel libre, nous sommes en tout temps invités à participer au développement, à nous approprier véritablement cet outil qui est peut-être essentiel à notre travail ou au succès de notre organisation. L'amélioration du logiciel se fait selon les intérêts de tous ceux et celles qui l'utilisent. Une société dans laquelle les communautés d'utilisateurs et d'utilisatrices de logiciels sont libres est, tout simplement, une société libre. Du moins, vis-à-vis des technologies numériques que nous connaissons à l'heure actuelle. Préserver la liberté sera toujours un combat et il nous faudra sans cesse demeurer vigilants et vigilantes.